Dans une interview accordée à Ghizlane Kounda, Bertrand Badie, politologue et professeur émérite des universités à Sciences Po Paris, s’est penché sur les causes profondes du conflit en République Démocratique du Congo (RDC), soulignant la décomposition de l’État comme un facteur déterminant. Selon Bertrand Badie, le conflit en RDC ne peut être réduit à une simple guerre interétatique, comme on en voit traditionnellement en Europe.
Le propos de Bertrand Badie met en lumière un conflit complexe, où la faiblesse de l’État et la prédation des ressources naturelles se combinent pour créer un cycle de violence durable, rendant toute solution à court terme illusoire sans une restructuration profonde du système politique et social du pays. Il note d‘abord un renversement des logiques de guerre : au lieu d’une compétition de forces entre États, la guerre en RDC s’explique par une compétition de faiblesses, avec une dégradation progressive des institutions de l’État congolais.
Cette faiblesse permet la prolifération de groupes armés et de milices privées, qui échappent à tout contrôle central, exacerbant la déstabilisation.Un autre facteur clé du conflit, selon Badie, est la prédation des ressources minières en RDC. Il décrit comment des acteurs régionaux, notamment le Rwanda, ont tiré profit de la déstabilisation du pays pour exploiter ses richesses, exacerbant la situation. Bien que la situation en RDC ait des causes internes profondes, le chercheur insiste sur le rôle des pays voisins qui cherchent à s’enrichir de la faiblesse congolaise.
Un modèle de guerre intra-étatique
Dans cette guerre, les acteurs impliqués ne sont plus des États souverains confrontés à des armées régulières. Au contraire, la guerre se joue entre groupes ethniques et communautaires, souvent instrumentalisés par des puissances étrangères. La montée de milices qui échappent à l’autorité de Kinshasa a provoqué un cycle de violence continue, sans qu’aucun accord de paix n’ait pu aboutir durablement.
L’analyste critique l’inefficacité des accords de paix dans des contextes de décomposition de l’État. En RDC, les interventions extérieures, y compris les missions des Nations Unies, n’ont pas permis de résoudre les conflits à long terme, à cause de l’absence d’une véritable politique de réconciliation nationale et de renforcement de l’État.
Bertrand Badie conclut en affirmant que la véritable paix dans des régions comme la RDC ne pourra être atteinte que si un effort substantiel est fait pour reconstruire l’État, en particulier en matière de gouvernance et de solidarité sociale. Il souligne également que la solution doit nécessairement intégrer les peuples et leurs aspirations, et non seulement les intérêts des élites politiques et militaires.
Laisser un commentaire