L’arrestation d’Ekrem İmamoğlu, maire d’Istanbul et figure de l’opposition turque, a provoqué de vives protestations dans la ville ce mercredi 20 mars 2025. Malgré l’interdiction des rassemblements décidée par les autorités jusqu’à dimanche, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées près de l’Université d’Istanbul pour exprimer leur colère, entraînant des affrontements avec la police.
Les manifestants, principalement des étudiants, ont tenté de franchir une ligne de police anti-émeute, ce qui a conduit à l’utilisation de gaz lacrymogènes par les forces de l’ordre pour disperser la foule. Selon des médias locaux, une marche a également été organisée vers le ministère de la Justice par des députés du Parti républicain du peuple (CHP), dont İmamoğlu est un membre éminent.
L’arrestation d’İmamoğlu, qualifié par le parquet d’Istanbul de « chef d’une organisation criminelle », fait suite à des accusations de corruption et d’aide au PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), une organisation considérée comme terroriste par la Turquie. Le maire d’Istanbul a été interpellé avec plusieurs de ses collaborateurs, dont Murat Ongun, son directeur de communication, et Necati Özkan, directeur de sa campagne électorale.
Dans une vidéo diffusée après son arrestation, Ekrem İmamoğlu a adressé un message à ses partisans : « Je vous aime tous beaucoup, je me confie à ma nation. Que tout le monde sache que je me tiendrai debout. »
L’arrestation d’İmamoğlu survient à quelques jours de la primaire pour la présidentielle de 2028 du CHP, où il est le seul candidat. Elle intervient également alors que l’Université d’Istanbul a annulé son diplôme, une décision qui pourrait potentiellement l’empêcher de se présenter à l’élection présidentielle si elle est confirmée.
Les autorités turques ont également visé Medya A.Ş., une filiale de la municipalité d’Istanbul, ainsi que d’autres personnes impliquées dans le « consensus urbain » entre le CHP et le parti pro-kurde DEM (Parti de la liberté et de la démocratie du peuple). Cet accord politique avait pour objectif de soutenir un candidat unique dans plusieurs districts d’Istanbul lors des élections municipales.
İmamoğlu est accusé d’avoir facilité l’influence du PKK en participant à ce « consensus urbain ». En outre, des accusations de corruption sont portées contre lui et ses alliés, notamment pour des demandes de pots-de-vin et des activités d’extorsion, ainsi que l’utilisation des ressources municipales à des fins personnelles.
Les critiques estiment que cette répression est une réponse des autorités à la perte de pouvoir du gouvernement d’Erdoğan lors des élections locales de l’année dernière, dans un contexte de pression croissante pour des élections nationales anticipées. Toutefois, les représentants du gouvernement insistent sur le fait que le système judiciaire fonctionne de manière indépendante et rejettent les accusations de motivation politique derrière ces arrestations.
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